Oui, nous prenons un virage et pas des moindres pour moi... Nous avons décidé d'inscrire nos filles à l'école Steiner l'année prochaine, et les années suivantes si tout va bien... (assez de changer d'école !).
Voilà où nous en sommes aujourd'hui dans notre tentative de trouver un équilibre entre nos pensées et nos actes. C'est très étrange pour moi de dire non à l'école Montessori à deux pas de notre appartement. Mais, outre le prix exorbitant, cette école ne correspond pas à ce que nous souhaitons pour nos filles et pour notre vie en général. Ce ne sont pas les idées de Maria Montessori que je remets en question, évidement, mais le manque de contact avec la nature, de vie en plein air, de liberté...
Nous avons réfléchi, tourné autour de la question financière, pesé le pour et le contre des différents choix qui s'offraient à nous...
Il en ressort que Montessori est trop cher pour nous (c'est un comble pour cette pédagogie fabuleuse qui devrait être offerte à tous les enfants), et que cette école est trop loin du mode de vie auquel nous aspirons aujourd'hui. Elle se trouve en pleine ville, sans jardin, avec la classe tous les jours, y compris le mercredi matin...
L'école Steiner, quant à elle, se trouve un peu en dehors de la ville, dans un grand espace vert arboré, avec la classe le matin seulement, nous offrant plus de temps à partager les après-midi.
Cette année, même si les filles rentrent manger le midi, j'ai le sentiment de courir sans cesse après le temps. Elles me réclament plus de moments ensemble pour partager des activités. Ce serait-ce que dessiner avec elles ! Mais le matin on se presse pour ne pas être en retard, à midi, il faut faire le repas, manger, ranger, et s'il fait beau, nous sortons au parc pour s'aérer et se dépenser avant de retourner en classe. Le soir, à nouveau, le timing est assez minuté car il ne faut pas se coucher trop tard, sinon le matin c'est dur ! Je n'aime pas du tout ce rythme imposé par l'école et le peu de temps libre qu'il nous laisse.
À la naissance de Liv, nous avons décidé (après avoir essayé de trouver une nounou... !) que je m'occuperai d'elle. Je n'ai pas travaillé pendant plusieurs années pour être avec les filles. Maintenant qu'elles ont un peu grandi, j'ai plus de temps à consacrer à mon activité, mais j'ai encore envie et besoin d'avoir des moments à partager avec elles. Il faut en profiter, elles seront bientôt grandes !
En arrivant à Lyon, nous avons choisi un appartement proche de l'école Montessori, pensant y inscrire les filles l'année suivante quand il y aurait de la place. Mais nous avions oublié les limites de la ville pour des petits enfants. Ne pas pouvoir entrer et sortir de chez soi librement, jouer et travailler dehors, jardiner, avoir des animaux... ça leur manque énormément (et à moi aussi !).
Ce besoin d'harmoniser notre mode de vie et nos idées s'est vite fait ressentir : consommer moins et de manière plus responsable, mieux connaître le monde qui nous entoure, être plus proche de la nature et partager tout cela avec nos filles.
En tout cas ce qui est sûr est que nous voulons sortir de cet enseignement standardisé. J'en ai assez de me battre intérieurement contre les normes de ce système, espérant quand même réussir à offrir à mes filles une vision plus large et plus profonde du monde.
Nous avons envie que nos filles acquièrent une meilleure conscience de l'environnement, de la nécessité de prendre soin de la Terre, de l'air, de l'eau qui servent à la vie. Nos enfants grandissent dans un monde où nous ne sommes même plus sûrs de l'air que nous respirons. Ce n'est pas la compétition, la course au pouvoir et à l'argent que nous voulons qu'elles apprennent. Elles ont un pouvoir, oui, celui de changer ce monde plus tard.
C'est bien dommage que l'école Montessori ne soit pas plus engagée dans cette voie et n'en fasse pas une priorité. Pourtant les idées de Maria Montessori, concernant la nature sont claires.* L'enfant a besoin de ce contact avec la nature pour grandir harmonieusement et se sentir appartenir au monde. On ne peut pas développer chez l'enfant uniquement le savoir et la connaissance.
Connecter l'enfant au monde c'est aussi le connecter à son futur, qu'il comprenne que demain est inextricablement lié à aujourd'hui. Cela lui donne une certaine conscience du monde et un respect de la planète.
Nous pouvons apprendre aux enfants d'où viennent nos ressources, de quoi sont faites les choses que nous achetons. Ils seront les adultes de demain, capables de faire des meilleurs choix pour leur planète.
Voilà où nous allons maintenant... chercher une maison, proche de la nature, ralentir le rythme, ou du moins sortir de celui qui nous est imposé, consommer moins, créer, partager, respirer et se sentir plus libres !
C'est certainement mon enfance et mon éducation qui me rattrapent... j'ai grandi comme une petite enfant sauvage, courant pieds nus et ébouriffée derrière les animaux ! Je ne suis allée à l'école qu'à 6 ans, et en septembre c'était dur de me mettre des chaussures au pieds ! De mon enfance, je n'ai pas beaucoup de souvenirs précis, mais plutôt un "halo" de souvenirs tous imbriqués formant une nébuleuse joyeuse et lumineuse. Je me souviens d'une enfance sans contraintes, sans aucun stress, avec beaucoup de joie, de liberté, de naturel et de simplicité.
Les filles aiment créer, imaginer, agir... il leur manque du temps pour cela, prises toute la journée dans ce rythme imposé par l'école qui leur dit quoi faire, quand et pendant combien de temps.
Liv a décidé de se coudre une cape.
Émy réalise le soleil des couleurs avec la 3ème boite de couleurs.
*Extraits du livre :
La pédagogie scientifique tome 1, p.52 "
La nature dans l'éducation".
... Il faut assurer aux enfants les moyens physiques dont le corps a besoin et leur offrir la possibilité de vivre au maximum au grand air : c'est un axiome pour une éducation qui se soucie de la valeur de la personnalité de l'enfant.
À notre époque [1926] et dans notre société civilisée, les enfants vivent très éloignés de la nature, et rares sont pour eux les possibilités d'entrer en rapport intime avec elle et d'y puiser des expériences directes. Pendant longtemps, l'influence de la nature sur l'éducation de l'enfant n'a été considérée que comme un facteur moral. Ce que l'on recherchait, c'était le développement de sentiments suscités par les fleurs, les plantes, les animaux, les paysages, les vents, la lumière...
Plus tard on a essayé de lier l'activité de l'enfant à la nature en l'initiant à la culture de "petits champs éducatifs". Pourtant, la conception de "vivre" dans la nature, et pas seulement la connaître, est l'acquisition la plus récente de l'éducation. Le plus important, c'est de libérer les liens qui l'isolent dans la vie artificielle des villes.
... Lâchez les enfants; qu'ils courent dehors quand il pleut, qu'ils enlèvent leurs souliers quand ils trouvent un peu d'eau et, quand l'herbe des prés est humide de rosée, laissez leurs pieds nus la fouler; qu'ils se reposent paisiblement quand un arbre les invite à dormir à leur ombre; ils crient et rient quand le soleil les éveille le matin, comme il éveille toute créature vivante. Mais nous nous demandons anxieux, comment faire dormir l'enfant après l'aurore, et comment lui enseigner à ne pas enlever ses souliers et à ne pas courir dans les prés. C'est quand il est diminué par nous, irrité dans sa prison, qu'il tue les insectes, les petits animaux inoffensifs, et cela semble "naturel". Nous ne nous apercevons pas que cette petite âme est déjà devenue étrangère à la nature. Tout ce que nous souhaitons pour lui, c'est qu'il s'adapte à la prison sans que cela l'ennuie.